J’ai abandonné.

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C’était tout à l’heure.

Devant ce temple du consumérisme, ce paradis de la grande distribution. Pour faire court, j’étais avec quelques camarades à Lanester devant le magasin franchisé que nous connaissons tous, Leclerc, pour bien le nommer. Nous distribuions le tract unitaire appelant à la grande marche du 12 Avril 2014 à Paris, celle qui sera déterminante pour compter à nouveau le rapport de force progressiste opposé à la politique gouvernementale. Cet événement doit faire date pour espérer un jour partager vraiment les richesses, mettre fin à l’austérité qui sacrifie les peuples européens sur l’autel de l’argent roi et aller de l’avant en bâtissant une nouvelle République qui sera déterminée démocratiquement au service des citoyens.
Nous distribuions donc des tracts aux gens qui sortaient avec leurs caddies ou leurs sacs de courses et puis en quelques minutes c’en était trop pour moi, je ne voulais pas craquer ou tomber dans une déprime, je suis parti. J’ai donné mon tas de papiers aux camarades, je leur ai dit au revoir rapidement et j’ai filé droit dans les rues.

J’avais des étincelles plein les yeux et une lame glacée planté dans le cœur. C’est à ce moment qu’on s’interroge le plus et que toutes les options possibles et imaginables nous passent par la tête.
Pourquoi continuer à se préoccuper des gens puisqu’ils s’en fichent et que lorsqu’on donne de notre temps pour tenter de les convaincre de seulement nous écouter ils sont trop nombreux à ne nous renvoyer que leur indifférence quand ce n’est pas leur mépris ?
Je n’en ai pas eu peur, mais les pensées qui m’ont traversées sont sources de frissons. L’Humanité n’est peut être pas destinée à s’améliorer et j’estime que seule les théologiens sont aptes, dans leurs logiques, à prétendre que l’Humanité soit destinée à quoi ce soit.
Si nous sommes tous libres mais que la grande majorité se plaît dans sa servitude volontaire alors pourquoi vouloir à tout prix FAVORISl’en sortir ? C’est à cet instant que le poisson d’Avril retourne à l’eau et se fait manger par un plus gros que lui, celui qui a la peau rêche et tant de dents dévastatrices, celui que nous n’attendons pas lorsqu’on est en vacance sur la plage, celui qui fait basculer notre vie avec de grands jets de sang : la Vérité.

À ce moment précis il faut être courageux et ne pas fuir dans les mensonges qu’on s’inflige pour mieux s’euthanasier. J’ai marché, marché, franchis les routes et les halles tout en maniant cette substance noire dans mon être qui empoisonnait cette volonté d’agir pour changer le monde. Peut être que je changerai de camps, que la tâche sera trop dure et que je rejoindrai les résignés. Peut être qu’un jour la blessure sera si grande que j’abandonnerai le peu d’idées qu’il reste pour faire ma carrière de bourreau. Il y a une offre importante de masochisme parmi nous, alors un bon sadique ferait la grande joie d’une politique de la demande à ce niveau.
Je pense à la droite, mais je suis trop droit pour elle et il ne me sera pas possible d’être malhonnête pour une place. Mes idées sont claires, je suis progressiste et de gauche, même si ça ne veut plus dire grand chose pour la doxa. L’idéologie nouvelle que je touche des doigts me convient parfaitement, l’homme ne pourra progresser sans se préoccuper de son environnement.

Alors après..

Il faut se poser et réfléchir, mettre les choses au clair. Qu’est ce que l’on veut ? Être une minorité perpétuelle qui essaie de parler à une société aux oreilles bouchées par la petite musique de la pensée unique ? Continuer encore à distribuer des papiers qui finiront au fond des caddies ou sur la banquette arrière sous le poids de l’oubli ?
Il est possible de continuer à formuler les questions par milliers sans en tirer les conséquences et dans la désespérance à se voiler la face pour fuir la douloureuse vérité. Il est possible aussi de souffrir pour de bon et de perdre Espoir pour se relever et ouvrir les yeux pleinement.
Nous avons un programme qui se résume en deux mots : l’humain d’abord. Les perfectionnistes sont déjà là pour crier à l’insuffisance et au populisme, de mes vœux je les enjoins à construire la suite.

Si nous voulons faire milles pas il faut commencer par le premier.

Le premier pas consiste à gratter du doigt la petite écorchure qui fait le plus mal, celle que le système cache sous la plante de son pied : l’ordre des priorités. Et cela passe par des concepts très simples: l’homme plutôt que l’objet, la nature plutôt que l’argent. Les pauvres ont plus besoin que les riches, les femmes doivent égaler les hommes en droit, les machines doivent nous servir et le travail nous nourrir. Nous défendons ceux qui souffrent contre ceux qui martyrisent, nous portons la croix face au fouet et nous levons le poing quand on nous demande de courber l’échine.

Le chemin est long et jamais nous n’atteindrons ce lieu formidable, cet horizon indépassable de notre temps. Mais plus nous nous acharnerons à l’atteindre, plus nous serons nombreux à le vouloir et face à ceux qui construisent des murs de mensonges pour le cacher nous dégainerons notre courage, nous ferons éclater la vérité, sans prétendre la détenir. Jamais nous ne verrons le socialisme, le communisme ou un autre mot encore finissant par « isme » et souillé par l’histoire, dégradé par ceux qui le prennent encore en otage. Jamais, en aucun lieu, l’utopie ne sera. Mais en la pointant du doigt et en disant « c’est ça que nous voulons ! », en faisant un réel travail d’éducation, en étant droit et honnête alors nous avancerons.

Ne lâchons rien car les seules batailles que l’on peut gagner c’est celles que l’on mène !

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2 réflexions sur “J’ai abandonné.

  1. Vraiment j’adore ce style mais dans le moment présent, ce n’est pas au style que je veux m’arrêter,
    C’est à ce que le fond de ton beau texte remue en moi, à ces 50 années de vie militante, à toutes ces interrogations, à tous ces doutes sur la futilité de la vie que j’ai moi aussi vécus et dans laquelle tout se mélange, Mai 68, nos combats sociétaux, la honte de ce que nous avions à avouer à nos familles comme au monde jusqu’à ce que la mort du compagnon un soir de janvier l’année de nos 28 ans fasse mesurer le dérisoire de nos interrogations et la bêtise humaine que, hélas, nous avons bien peu éradiqué.
    C’est aussi ce que vis encore aujourd’hui avec ce sentiment de mon adhésion totale à ce concept de l’Humain d’Abord mais aussi de mes années de galère après la démission du PS en 83, et les années d’errance des alternatifs au compagnonnage avec le PC, toutes aussi décevantes les une que les autres, de ce rayon de soleil avec le PG et avec Mélenchon et des grosses nuées d’orage qui se font jour avec les trahisons prévisibles et avec les incertitudes quant au choix à assumer par rapport au rôle réel de mon parti.
    Oui il m’est arrivé souvent d’avoir moi aussi « des étincelles plein les yeux et une lame glacée planté dans le cœur » et il est certain que pour moi aussi, « c’est à ce moment que je m’interroge le plus et que toutes les options possibles et imaginables me passent par la tête. »
    Je ne te rassurerai pas en te disant que 50 ans après, je n’ai rien résolu, que les affres du crépuscule n’effacent pas les doutes de toute une vie passée à essayer d’atteindre « l’inaccessible étoile » mais aussi que dans ce parcours, il existe toujours le point où le coup de pied salutaire donné au fond de l’océan des doutes fait remonter à la surface ce qu’on sait fort heureusement retenir: les mois d’espérance et d’enthousiasme, les quelques victoires comme la tienne aux municipales; c’est cela une vie militante et je te la souhaite passionnante.
    Je te souhaite de continuer à écrire de cette superbe écriture, d’apporter au combat révolutionnaire toute l’énergie dont tu es capable et de savoir, finalement ce qui est le plus important, gérer les doutes de toute vie militante.
    Merci pour ce beau texte, il fait partie aussi des moments de lecture qui font un bien fou à de vieux militants comme moi, sans doute un peu fou et parfois un peu trop « ancien combattant ».

  2. Merci Michel ,
    Je me retrouve pleinement dans tes mots . Moi aussi j’ai pas mal d’années au compteur et une expérience militante pas vraiment banale allant des grèves anarcho-syndicalistes des années 50 à Nantes en passant par 18 mois d’AFN à la frontière franco-tunisienne ( alors que j’étais pacifiste… ) et ensuite , une dizaine d’années dans l’industrie aéronautique à Nantes Bouguenais ( je suis  » naturellement  » anti-NDDL..et, pour cause…) . J’ai connu la violence des grèves ouvrières , lock-out etc… , mais aussi et surtout une grande solidarité populaire . Les prétendues  » 30 glorieuse  » rabâchées par les éditocrates actuels , ne l’étaient que pour les entrepreneurs , PME et PTE de l’époque sauf à grappiller une sécurité relative de l’emploi . Avant Mai 68 , ce n’était pas folichon pour les prolos, quoi qu’en disent les bourges . A propos de bourges, ceux de Nantes ont dénaturé sinon trahi tout un pan historique et patrimonial de cette ville ouvrière ( déclencheuse de Mai 68, excusez du peu ! ) . Ils ont perverti la culture ouvrière passée à la trappe en détruisant le pont transbordeur emprunté par les travailleurs des chantiers navals et , ensuite en instrumentalisant, de nos jours, un pauvre vestige d’atelier naval transformé en spectacle élitiste emprunté dans l’imaginaire de Jules Vernes , Nantes fut le 1er port négrier Français . Les édiles soss-lib avec leur éthique auto-dé culpabilisante ont cru bon d’ériger un mémorial de l’esclavage sur les quais de Nantes , édifice en béton inintéressant et laid , selon un commentateur . A savoir que les bateaux négriers sont cités SAUF les noms des  » commerçants  » propriétaires fortunés de ces glorieux bateaux…. ayant fait la richesse de la cité, une seule famille reconnait la responsabilité de ses ancêtres… Excuse-moi , il est tard , je vais au dodo . Bonsoir et à +

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