Je ne suis pas européen.

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Photo Rémy Blang
Photo Rémy Blang 2012

Ces mots me rongent depuis quelques jours déjà. J’ai vu François mourir à distance, François Delapierre, notre camarade. Je l’ai su tout bêtement, en faisant un petit crochet par Facebook l’autre jour avant de manger. J’étais là, devant mon assiette, à voir l’application sur mon portable s’ouvrir sur le message d’une camarade. J’ai compris de suite. En faisant défiler le fil j’ai vu un autre message et un autre, et un autre encore jusqu’à l’article officiel, aux coupures de presse.

Je savais que ça arriverais, nous le savions tout en le redoutant. Mais quel choc. C’était un fracas sourd, une avalanche silencieuse dans mon crâne, dans notre conscience collective, notre camaraderie. En quelques secondes j’ai revu tant d’images : ce Conseil National à Bagnolet, on mangeait à la va-vite avant de reprendre les travaux ; cette formation militante autour de ton bouquin qui allait paraitre sur les coupables de l’intérieur ; et puis, cette magnifique intervention du Congrès de Bordeaux, la tienne, François, qui me fera utiliser le mot « salopard » des mois plus tard en Conseil Municipal. Tu es de ceux qui parmi d’autres m’ont donné plus encore goût à l’engagement, à l’action politique, à la lutte. Tu as commencé à lutter bien plus jeune que moi encore, 15 ans. A cet âge je redoutais Sarkozy, ministre de l’Intérieur, aux portes de l’Elysée. Mais passons.

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Photo Rémy Blang 2012

Je ne suis pas européen, François. Tu as contribué – je te le dois – à ce que j’en arrive à cracher ces mots. Les européens ce sont ces salopards que tu pointais du doigt, à juste titre. Les européens ce sont ces pleutres dans l’Assemblée Nationale qui jouent à la fronde avec des bouts de ficelle et de la langue de bois. Les européens ce sont des grands lâches et salauds, main dans la main, qui nous poussent de l’autre vers l’abime.

Figure toi, François, que j’ai un ami qui aux dernières élections européennes a voté pour le Parti Fédéraliste. L’Europe fédérale. J’ai bien ri, jaune. Mais d’un côté, je n’oublie pas le temps qu’il m’a fallu pour prendre conscience que l’Europe – oui, l’Europe, car il n’y en a pas d’autres que cette Europe-là, l’Union Européenne – est une dictature qui cache bien son jeu à la majorité des gens.

Je ne suis pas européen car l’Europe est une cage aux barreaux d’or et qu’à coup de fric elle monte le fascisme comme à l’Aube Dorée. La Grèce, nous y sommes, la Grèce qui n’en peut plus. La Grèce, ce pays européen que l’Europe veut écraser. Le problème n’est pas là. Tu le savais François, tu m’y as aidé et bien d’autres encore. Le problème est partout. Le problème c’est cette Europe du diktat à la botte des puissants, qui donne plus de valeur au pognon qu’à l’air que nous respirons. Le problème c’est ces millions de grecs dans la mouise, sous le seuil de pauvreté, qui ne se soignent plus, perdent leurs hôpitaux, leurs écoles, se suicident. Ce Peuple en a pris plein la gueule pendant des années avec les mêmes « dirigeants » que nous avons aujourd’hui en Allemagne, en France – ils sont interchangeables – et qui veulent leur retirer jusqu’à l’honneur, jusqu’à leurs droits, jusqu’à la démocratie même dont l’Europe affiche qu’elle n’en a plus rien à faire.

« Les grecs sont des fainéants, ils ne paient pas leurs impôts, ils méritent leur sort, ils doivent payer ». Payer, payer, payer. Payer jusqu’à leur sang peut être – c’est déjà arrivé – et payer encore jusqu’à ce que ce soit notre tour à tous.

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Nous ne sommes pas européens. Désolé, François, de te garder encore sous le coude. Mais je suis resté bien silencieux ces temps-ci et, comme la masse que nous sommes, tous, je n’en peux plus, il fallait que ça sorte.

Pourquoi militer, pourquoi lutter ?

J’ai bien des doutes parfois. J’ai eu mal de te voir partir François, en silence. Mais il faut parfois se poser, prendre du recul, s’arrêter de courir, flâner gaiement, innocemment, partir. Je vais partir je pense, c’est même sûr. Il faut en arriver là, se laisser saisir par la vie et regarder, bien profondément, dans le regard des autres, saisir les étincelles, capter l’attention et percer, le moment venu.

J’avais le cœur lourd. On est tellement nombreux à ne plus savoir en ce moment. Que faire, que dire, où aller, où chercher ?

Les réponses sont dans l’avenir, dans ce que nous allons faire. Tu es tombé François, mais d’autres sortirons de l’ombre. Et si je ne suis pas européen alors je tacherai d’être tant d’autres choses, déjà je suis humain.Blog-SymboleEtoile01

– À suivre : L’Allemagne a son plan de sorti de l’Union Européenne.

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