Un jour dans ma vie j’ai commencé à m’engager : bilan et difficultés d’être militant, après quatre ans au PG

BornForTheRevolutionEcosocial

Blog-SymboleBBR01Il y a exactement quatre ans aujourd’hui, je rejoignais le Parti de Gauche​. Trois ans auparavant, en 2008, j’assistais à mon premier conseil de classe comme délégué élu au Lycée. Ces moments marquent en quelque sorte des étapes dans une longue suite d’engagements, toujours avec les mêmes valeurs en tête. Je n’y mettais pas les mêmes mots qu’aujourd’hui. Je me suis construit progressivement sur le fil, j’étais jeune et c’est relatif mais je le suis encore. J’avais plein d’espoir lors de ces moments, j’y croyais et j’étais très enthousiaste. Pourrais-je en dire autant aujourd’hui?20081120-FB-ConseilClasse

À mesure que ma vision du monde devenait de plus en plus nette, à mesure que mes questionnements se résolvaient pour en amener d’autres, j’ouvrais les yeux sur quelque chose de plus en plus gris, de plus en plus sombre. Comme chacun, je voyais les choses d’abord simplement et puis… ça se compliquait. Parfois je renonçais, parfois je faisais une pause et à chaque fois, c’était finalement plus fort que moi, j’allais de l’avant en m’efforçant de bien comprendre et de tirer un bilan de mes erreurs, de nos erreurs. Chacun devrait en faire autant, évidement.

Souvent je m’interroge sur le sens que je dois donner à mes engagements. C’est parfois très dur. Je me souviens de moments où ça devenait insupportable, des moments durant lesquels j’avais envie de crier au monde entier « Mais pourquoi êtes-vous si égoïste, pourquoi ne prenez-vous pas le temps de réfléchir et de remettre en cause ce que vous pensez, ce que vous dites, ce que vous faites ?! ». On est nombreux à avoir touché d’aussi près le désespoir, à se dire qu’il serait tellement plus simple de détester les autres et d’aller les enfoncer encore plus, cyniquement. Il faut croire que, jusque-là, j’ai réussi à m’en sortir. Ça n’a pas été simple. Pour compenser la poursuite de mon engagement il m’a fallu user de méthodes pour tenir, pour sublimer le malaise qu’amène les frustrations propre à, j’imagine, la plupart des militants progressistes, comme c’est mon cas. Des fois il suffisait de faire une petite pause, d’aller courir, de passer une soirée amusante avec des amis ou bien d’écrire, surtout d’écrire. Parfois ça ne suffisait pas, le monde devenait trop insupportable et les remarques de nos semblables encore plus.

Parfois l’envie était là de tout lâcher, de tirer un trait sur tout, d’oublier l’engagement, de redevenir en quelque sorte comme tout le monde. C’est tentant de vouloir abandonner et de tout balancer en se disant « rien ne m’oblige à faire ce que je fais, rien ne m’obligeait à être fiché dans un parti politique, rien ne m’obligeait à lever le poing dans les manifestations, rien ne m’obligeait à finir au poste de police pour une action nocturne, rien ne m’obligeait à passer de nombreuses soirées dans des réunions politiques et rien ne m’obligeait à prendre ces tracts qu’on me tendait lorsque j’étais encore adolescent, ni à les lire, ni à prendre le temps de comprendre pourquoi tout ne tournait pas rond dans le monde etc. etc… ». Rien ne m’obligeait à faire tout ce que j’ai pu faire, pour des résultats plus ou moins probants, pour une reconnaissance plus ou moins importante, surtout moins. La plupart de ceux qui lisent ces lignes connaissent la trame général de ce dont je parle, peut être que d’autres l’imaginent ou balayent cela d’un revers de main sans se sentir concerner, certes.

Un problème flagrant de l’engagement politique est l’affligeante polarisation que ça engendre auprès des autres. J’ai constaté que, pour la plupart des gens, le niveau d’approbation envers un militant est inversement proportionnel à son niveau d’engagement. Cela conduit à deux types de phénomènes d’auto-exclusions : (1) l’entre-soi militant qui assure d’être à l’aise avec des personnes partageant l’engagement et (2) la dissimulation de l’engagement pour pouvoir s’intégrer aux personnes ne partageant pas l’engagement. Je pratique très souvent ce deuxième type d’auto-exclusion et c’est terrible de devoir se cacher ainsi pour tenter de vivre des instants en quelque sorte « normaux » avec des gens. Cette manœuvre a toujours ses failles, premièrement parce qu’il n’est pas possible de cacher indéfiniment une composante radicale de ce que nous sommes et, deuxièmement, parce que des éléments extérieurs viennent nous griller. La « googlisation » est très efficace et presque radicale lorsque le niveau d’engagement dépasse un certain seuil. Ça devient également navrant quand des amis, ou des proches, trouvent pertinent de nous présenter comme étant le gauchiste de service (alors que je combats le gauchisme), le communiste (qui perds un peu de son sens et crée de l’incertitude quand je déclare que « Non, je ne suis pas communiste »), le conseiller municipal, le végétarien et j’en passe. Devenir en une phrase le simple support d’une étiquette nous condamne trop souvent à des formes d’exclusion sociale. Bien sûr il y a parfois des surprises, la découverte peut amener à des discussions, des échanges constructifs, mais c’est trop rare.

Quel est mon but en partageant cela ? En l’écrivant je réalise que c’est propre à l’engagement d’avoir toujours à justifier ce que l’on fait, ce que l’on dit, ce que l’on écrit. Pour d’autres personnes ça semble tellement plus simple, elles n’ont pas « d’étiquettes » et elles l’affirment ou bien s’en fichent, ce qui leur permet de s’exprimer et de partager des informations sans devoir affronter les soupçons dans le regard et les mots des autres. Peut-être que c’est pour cela que j’ai saisi le clavier, pour tenter de partager ces doutes permanents dans l’engagement et mettre en lumière ces difficultés qui s’ajoutent à celles, plus larges, qui m’ont guidées dans le choix de ne pas rester passif et d’agir, sans prétendre être un modèle de vertu.

Alors, pour revenir à ma « fougue jeunesse » : oui j’avais plein d’espoir, j’y croyais et j’étais très enthousiaste. Les problèmes avaient l’air d’être simples. On nous enseignait à l’école les enjeux du développement durable, l’importance de préserver l’environnement. Je lisais des magazines scientifiques alarmant quant à l’avenir auquel ma génération devra faire face, je voyais qu’à la TV et ailleurs tout le monde disait qu’il fallait agir. C’est ce que j’ai fait. À l’école, toujours, les professeurs nous disaient qu’il était important de s’informer, de lire la presse, d’avoir l’esprit critique, de s’intéresser à la politique et aux élections. C’est ce que j’ai fait. Dans mon lycée s’organisait des assemblées générales, puis des manifestations contre des réformes néfastes et dont les justifications ne tenaient pas. J’ai commencé à m’engager de plus en plus.

Dans ce cheminement j’ai compris que les problèmes ne sont pas simples et, en s’efforçant d’être un militant progressiste radical, qu’il n’y a pas que des choses à gagner. Tous les mots qui précèdent ont coulé mécaniquement, sans intention nécessairement constructive au préalable. Ces mots sont, d’une certaine manière, à l’image de nos engagements : ils ne feront pas l’unanimité, certains approuverons, d’autres réfuterons et ne se priverons pas de le faire sentir, d’autres s’en ficherons mais serons peu nombreux à lire jusque-là. D’ailleurs, si tu te sens concerné ou si tu penses que ce que tu viens de lire n’est pas complètement inintéressant : laisse un commentaire. Ça t’engage à peu de chose et ça fait toujours plaisir.

Pour conclure, après quatre année d’engagement dans mon parti politique et bien plus d’années d’engagement « tout court », je pense que s’il y a bien une chose à retenir, au-delà de l’immense tableau sombre qui pourrait être dressé, c’est qu’un jour dans ma vie j’ai commencé à m’engager et que je n’ai jamais arrêté.Blog-SymboleEtoile01

 

 


7 réflexions sur “Un jour dans ma vie j’ai commencé à m’engager : bilan et difficultés d’être militant, après quatre ans au PG

  1. … la voie qui nous qui nous donne la voix :

    “Dear sisters and brothers, we realise the importance of light when we see darkness. We realise the importance of our voice when we are silenced. In the same way, when we were in Swat, the north of Pakistan, we realised the importance of pens and books when we saw the guns.”

    Malala Yousafzai’s speech at the Youth Takeover of the United Nations

    courage…écrivons

  2. Bonjour, vos constats sont justes, mais pas complet pour mon avis. Je quelques décennies en plus, j’ai commencé de m’engager à l’époque du guerre contre le Vietnam (sans être un soixante-huitard), donc à peu près au même âge que vous je suppose. Sans vouloir raconter ma vie, quelques réflexions initiées par votre texte :

    Au début de mon engagement était le choc de découverte de la « vie active » et l’imagination que ce ça mon destin. Donc mon engagement faisait partie d’un reflex d’auto-défense basé sur la compréhension que je ne suis pas seul avec ma rébellion et je fais partie d’une grande partie de l’humanité. Ensuite j’ai commencé de milité dans le cadre des organisations révolutionnaires et plus-tard j’ai découvert la différence entre engagement et militantisme. L’engagement est bien possible sans militantisme. Le militantisme sans engagement existe aussi, ce sont les politicards qui le pratiquent, donc c’est sa forme malsaine. Les militants engagés sont ceux qui vont aller jusqu’au bout de leur engagement. Les organisations et partis vont et viennent, l’engagement peut rester, c’est une question de sa propre hygiène mentale. D’ailleurs, après une longue période de non militantisme je pris ma carte de Parti de Gauche il y a 2 ans.

    Le fait de polarisation et d’exclusion existe, pour mon avis c’est aussi lié à l’époque dans laquelle on vie. Je suppose qu’une immense majorité des gens sont touché par la crise structurel du capitalisme à une manière ou une autre, on sait qu’on va droite dans le mur. Si je dis crise structurelle je veux dire avec cela que ce n’est pas « le chômage », « le climat », « la santé », « la guerre » etc, non c’est la totalité qui vacille et ça va du mal en pis. Il n’y a pas des solutions faciles, il n y a pas une utopie tout prêt qui est porté par un espoir collective, il y a que des perspectives sombres dans toutes les domaines. Réfléchir pour comprendre le pourquoi fait mal parce-que ca met en interrogation la totalité de notre petit reste du confort qui nous reste. Etre conscient de tout qui ne va pas ne laisse plus mener une vie tranquille. Donc, la majorité préfère l’amnésie collective quand c’est encore possible. Tiens, il y a une chanson de Brigitte Fontaine qui me vient à l’esprit : « C’est normale », il illustre super-bien ce phénomène (voici un lien : « https://www.youtube.com/watch?v=md9UaL6G-GE ».

    Après tout, c’est un choix. Il y a des « imbéciles heureux » et j’avoue, il m’arrive de les envier. Si vous n’êtes pas ignorant ou cynique et si vous avez un certain degré de connaissance et de conscience dans un esprit plus ou moins sain, l’engagement devient une question d’hygiène mentale et le militantisme devient ensuite une question de conséquence. Vous avez croqué dans la pomme de connaissance et vous êtes chassé du paradis des imbéciles heureux. Nous n’avons pas un plan de construction d’une société idéale tout prête et on sait plutôt comment on a plus envie de vivre mais nous avons des valeurs universelles de l’humanité comme orientation.

    C’est vrai, nos propos (mesurées et modestes !) sont en totale contradiction avec la situation actuelle et c’est pour ça ils polarisent, ils ne laissent pas indifférent car ils touchent à la totalité. Ca gêne, ca remet aussi les relations à l’épreuve de leur vrai contenu. Après, je ne suis pas missionnaire, je me ne sens pas obliger de militer à tout moment en tout situation. Je donne des réponses vraies si je suis demandé et je participe aux actions s’ils me convient. Une fois sortie du « paradis » on s’est libéré des faux et on est prêt à gouter les saveurs de la vraie vie, même s’il y a temps en temps des pommes pourries. Courage!

    1. Très juste! Je tiens à préciser également que je reconnais que ce que je publie n’est pas complet. J’ai tendance à m’auto-censurer afin de produire des textes dont la longueur reste raisonnable dans l’optique d’élargir le champ des lecteurs. Les commentaires sont vraiment bienvenue pour poursuivre la réflexion. Merci et courage.

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