« Ces gens-là qui se disent socialistes sont en train de détruire la République. » interview d’Alexandre Scheuer par Informations Ouvrières

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Que penses-tu de la situation politique du moment ?

Aexandre Scheuer, le 9 mars 2016
Aexandre Scheuer, le 9 mars 2016

Quoi qu’on ait voté en 2012, on ne pouvait pas s’attendre à ce que Hollande mène cette politique. Tout ce qui a été fait l’a été dans le mauvais sens, mis à part peut-être le mariage pour tous. Il y a eu le TSCG, l’Affaire Léonarda, Rémi Fraisse, Fioraso et les réformes dans l’enseignement supérieur, la loi Macron, l’utilisation du 49.3, la nomination de Valls, le CICE, les migrants à Calais, l’ANI, la déchéance de nationalité, le vote de l’état d’urgence et aujourd’hui El Khomri avec la loi du travail. Pour moi c’est difficile de trouver un gouvernement plus à droite depuis Pétain.

Franchement là c’est le record de la Vème république, ces gens-là qui se disent socialistes sont même en train de détruire la République. La déchéance de nationalité, c’est le « pompon », on attente directement aux acquis du Conseil National de la Résistance avec EL Khomri et on retrouve les mêmes mécanismes au niveau local, ça découle de ce qui se fait au niveau européen, avec les traités européens qui sont pilotés par le gouvernement allemand et à laquelle se soumet Hollande. Moi je suis Conseiller municipal, on voit localement les conséquences : ça se traduit dans ma ville par 500 000 euros en moins par an, donc la maire baisse les subventions aux associations et augmente les tarifs des services publics ; ça impacte directement les gens de la commune. Et dans le même temps, je suis dans l’opposition à la mairie, mais il faut dire qu’ils augmentent les subventions aux écoles privées. Je suis élu sur une liste qui s’appelle « Osons Lanester avec le Front De Gauche ». Il n’y a aucune condamnation de la maire proche du PS, de la politique d’austérité et des baisses de dotations de l’Etat.

Y a-t-il selon toi des résistances ?

Premier problème, dur de résister à un gouvernement que l’on pensait de « gauche ». Les gens progressistes en général ont reçu un coup de massue. On remarque qu’en 2010 sous Sarkozy, il y avait eu une grosse mobilisation dans la rue, plus de 3 millions de personnes contre le plan retraites 2010. Sous Hollande qui a mené encore une politique plus dure, ça a été compliqué de mobiliser non seulement sur les retraites mais sur le reste. Là avec le projet de loi El Khomri, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Un collectif vient de se créer qui s’appelle « on vaut mieux que ça », ils ont lancé une sorte de forum de témoignages qui fait état que les gens, les salariés et notamment les jeunes n’en peuvent plus, alors si on vient rajouter la loi travail, ce n’est plus possible. Je vois une très grosse mobilisation sur internet autour de ce slogan, « on vaut mieux que ça ». Ce sont des jeunes qui ont chacun leurs engagements, qui viennent de différents courants politiques, ils poussent à avoir un regard critique. La résistance, elle doit partir de la jeunesse. Parce qu’elle est la première concernée par ce qui se prépare en ce moment. Il est clair que les organisations, les syndicats, les partis politiques ont une perte de crédibilité auprès des jeunes. Le plus important aujourd’hui, c’est comment on mobilise ? Les jeunes ont conscience d’être parmi la majorité qui subit la politique régressive d’une minorité. Je le sens autour de moi et sur les réseaux sociaux : on a envie de retourner le vase, d’aller très loin. Il ne s’agit pas juste d’annuler le projet de loi du travail, on veut obtenir de nouveaux droits, on veut le retour à ce qu’ont fait des gens avant nous par exemple lors du CNR en 45. Ils ont réussi à cette époque à mettre en place la Sécurité Sociale, la France est reconnue dans le monde entier pour ça. Je reviens d’un semestre d’étude au Canada, je peux témoigner qu’à l’étranger tout le monde envie nos acquis sociaux très forts en France. Là ce qui se passe c’est ce que Thatcher et Blair ont fait en GB, ce qui a été fait en Grèce, ce que Schroeder a fait en Allemagne, avec toute cette clique libérale.

Comment faire converger ces résistances ?

On a essayé de réunir tous les partis de gauche, on a essayé de mettre tous nos logos ensemble sous une bannière commune, c’était la dynamique du Front de Gauche. Mais je constate que les résultats politiques ne sont pas là, pour plein de raisons. On ne va pas s’attarder trop longtemps sur cet échec, mais si ça n’a pas fonctionné, c’est que ce n’était pas clair. Les dernières régionales ont montré qu’il y avait au moins 4 configurations possibles à l’intérieur du Front de Gauche, c’est ça qui explique que ça ne peut pas marcher. La solution, ce n’est pas : on met tous les partis politiques ensemble pour faire une seule organisation ; la solution, c’est d’impliquer les gens, et notamment ceux qui ne sont pas dans les partis politiques. Je crois que c’est ce qu’essaie de faire Jean-Luc Mélenchon. Pas question de s’aligner sur des primaires à gauche. On peut essayer de se saisir des élections de 2017, Jean-Luc Mélenchon a déjà rassemblé 70 000 soutiens à sa candidature en trois semaines. On a créé un groupe d’appui sur Lorient qui s’appelle « Lorient insoumise » et il y en a partout en France. Nous revendiquons la VIème république, par une assemblée constituante qui balaie la Ve république. Je fais confiance à Jean-Luc Mélenchon pour respecter cet engagement. Il faut s’asseoir sur les traités européens qui s’imposent à la France et mettre en place une politique progressiste. Au niveau syndical ça a aussi du mal à démarrer parce qu’ un gouvernement dit de « gauche » qui applique une politique ultra à droite, ça a assommé les syndicats et surtout ça les a divisés. Par exemple sur El Khomri, le premier communiqué intersyndical envisageait de juste modifier le texte mais en le gardant. Moi, ça ne me convenait pas du tout. Le PG a pris position pour le rejet total du texte. Je suis content de savoir que la CGT a pris position pour la manif du 9 mars et Force Ouvrière aussi même si je ne le savais pas. Je suis content qu’ils n’attendent pas le 31 Mars. Tant mieux qu’on se lance dès le 9 mars. Il y a une dynamique, il faut faire monter la sauce, il y a plein de jeunes qui n’en peuvent plus. Il y a un espoir qu’on peut prendre les choses en mains, on vaut mieux que ça.

Que penses-tu de l’initiative d’Informations ouvrières de faire une conférence nationale le 4 juin sur les acquis de 36-45 ?

Je pense que c’est une très bonne idée. Il faut se rappeler de tout ce qui a été fait dans des conditions terribles à l’époque, on a aujourd’hui toutes les clés en main pour faire pareil, la France n’a jamais produit autant de richesse, elles sont mal réparties, on retourne au début du XXe siècle. Donc c’est important. Je ne m’engage pas au nom du PG, je n’en ai pas le mandat, mais personnellement sur l’idée de cette conférence, ça me semble une excellente initiative. C’est l’œuvre du CNR et des luttes qui ont mis en place ces acquis. Il ne suffira pas d’élire un homme en 2017 pour changer les choses. Il faut qu’il y ait la mobilisation. Sanders dit aux Etats Unis, « Not me, Us » ( c’est pas moi, c’est nous). Je souhaite que le 9 mars tous les Français se saisissent de cette opportunité de se rassembler pour faire annuler le projet de loi El Khomri et aller plus loin, réclamer de nouveaux droits.

Propos recueillis le 1er mars par : Logo_Informations_ouvrières


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