Vaincre ou mourir, lettre ouverte à mes camarades du Front De Gauche

20160323VaincreOuMourir

« Mes chèr-e-s ami-e-s et camarades,

Comme vous le savez, le Front De Gauche a été créé en 2010 à l’initiative de Marie-George Buffet et de Jean-Luc Mélenchon avant d’être porté brillamment par ce dernier à l’élection présidentielle de 2012. J’avais 20 ans lorsque j’ai rejoint cette dynamique en adhérant au Parti de Gauche et en m’engageant dans cette campagne fin 2011…

Il y a sept ans je râlais seul dans ma cuisine contre la division de la « gauche ». J’aime m’en rappeler et constater que c’est cette solitude dans l’indignation qui a amené d’autres personnes comme moi à franchir le pas de l’engagement. En vérité il y a sept ans je n’avais pas le droit de vote et j’étais dans ma cuisine en train d’écouter le radio distraitement. C’est à ce moment, à la fin 2008, que j’ai appris qu’un certain Jean-Luc Mélenchon avait décidé de quitter le Parti Socialiste pour fonder un autre parti à gauche. Quelle ne fut pas ma consternation : comme s’il n’y avait pas suffisamment de parti à gauche, comme si le FN au second tour en 2002, alors que j’étais écolier, n’avait rien appris à ces hommes politiques qui ne trouvaient rien de mieux à faire que de se diviser en plein de petits partis. Telles étaient, en quelques mots, mes réflexions du moment alors que je me contentais de quelques manifestations lycéennes et d’élections de délégués de classe, entre d’autres loisirs plus futiles. Je n’avais jamais entendu parler avant cela de Jean-Luc Mélenchon et je pensais alors que cette personne jouait à détruire les chances de victoire des idées progressistes, révolutionnaires. Trois ans plus tard je me retrouvais dans son service d’ordre.

La plupart d’entre vous connaissent la suite. Nous avons collé ensemble des dizaines, des centaines, d’affiches du Front De Gauche. Nous avons distribué des tracts, nous nous sommes réunis de nombreuses fois, nous avons organisé des rencontres, des projections de films, des écoutes collectives. Nous avons porté haut et loin nos drapeaux, nous avons pris le bus plusieurs fois pour marcher à Paris, pour la 6ème République. Nous avons découvert ensemble le 22 Avril 2012 les 11,1%, soit près de 4 millions de voix pour Jean-Luc Mélenchon, le candidat du Front De Gauche. Et puis nous avons continué.

Dans le Morbihan nous sommes restés droit dans la dynamique du Front De Gauche, sur la trame du programme commun « L’humain d’abord » et en rupture totale avec le PS. J’ai été élu conseiller municipal, comme mes camarades Christèle et Nadine, en 2014 avec notre liste « Osons Lanester avec le Front De Gauche ». Nous avons participé cette même année à la campagne pour les élections européennes. J’étais candidat, avec Martine Conan, pour le Front De Gauche aux élections départementales de 2015  dans le canton de Lorient 1 où 777 voix nous ont portés. Les élections régionales se sont faites en mon absence, en raison d’un semestre d’études passé à l’étranger, et j’ai fait confiance à mes camarades du Front De Gauche pour porter haut nos couleurs dans le département avec Philippe Jumeau comme tête de liste. Les résultats de cette dernière élection ne furent pas à la hauteur et se traduisent par le non remboursement des frais de campagne, source actuelle de difficulté financière et de tensions malheureuses. Malgré cette dernière ombre sur le tableau, nous sommes restés exemplaire dans notre département vis-à-vis de ce que nous voulions faire du Front De Gauche : une stratégie et un programme de progrès humain, social et écologiste ; un label, un étendard, une alternative en rupture avec l’ordre établi et donc en rupture avec le PS qui incarne, sans que je n’ai besoin d’en écrire les détails ici, la trahison ultime de la « gauche ».

Vous remarquerez qu’hormis l’élection présidentielle de 2012, je n’ai abordé la question du Front De Gauche qu’à travers le département du Morbihan. Il suffit de s’informer quelque peu pour s’assurer que cette situation morbihannaise est loin de refléter la situation française et nous y venons.

Depuis 2012 en France, le Front De Gauche n’est resté qu’une étiquette partagée, disputée, divisée, disloquée dans un cartel de partis politiques. Cette situation s’étalait aux yeux de tous dans ce que j’ai pu voir dans les rues de Paris lors des élections municipales : plusieurs affiches portant le logo du Front De Gauche, les unes appelant à voter pour le PS et les autres en rupture avec ce dernier. En voyant cela je me sentais comme dans un monde parallèle et en complète contradiction avec ce que nous portions dans mon département. Pour revenir aux dernières élections, les régionales de 2015, j’ai compté dans le pays quatre configurations différentes des listes du Front De Gauche suivant les régions. Nous étions illisibles. J’ai choisi d’exposer le premier exemple des municipales à Paris car il affichait clairement sur les murs de notre capitale le poison qui tue toujours « notre camp ». Ce poison c’est la division.

J’ai eu la chance de ne pas subir les maux de ce poison et j’ai pu en voir les effets sur un trop grand nombre de mes ami-e-s d’un peu partout en France. C’est malheureux à dire, et quoi que nous fassions dans notre commune, notre département ou notre région, le Front De Gauche n’est pas devenu ce que nous voulions. Il est même devenu ce que nous ne voulions pas : un cartel de partis divisés dont la volonté de faire de la politique autrement ne s’est traduite que par des initiatives isolées sans cohérence globale et sans vision stratégique de long terme pour prendre le pouvoir et changer la société.

Je l’ai dit lors du dernier comité de liaisons du Front de Gauche Morbihan : je ne me sens plus capable de coller des affiches du Front de Gauche ni d’en distribuer des tracts, je ne me sens plus capable d’agiter fièrement ce drapeau qui nous fit plus encore aimer la couleur rouge. Cette fierté d’avoir porté nos couleurs, je la garde. Cette fierté d’avoir donné et eu la confiance du collectif, je la garde. Ce qui nous unis, nos idées, nos programmes, notre fraternité dans la lutte et en dehors, je le garde également. Je garde tout ce qui fut moteur en ce que chacun souhaitait de meilleur pour la France, pour le monde. Je garde, et nous devons garder tous ensemble, l’étincelle de ce que nous voulions du Front de Gauche : un outil efficace, populaire, crédible, novateur, clair et gagnant.

Vous l’avez compris, je m’inscris toujours pleinement dans ce qui nous a mis en mouvement et c’est pour cela, et pour ce que j’ai détaillé précédemment, que j’affirme avec force et convictions que ce qui nous animait hier sous la bannière du Front de Gauche ne peut plus nous animer aujourd’hui sous cette même bannière.

Comme Joël Gallais, secrétaire départemental du PCF, l’écrit dans Rouge Morbihan[1], je regrette « l’accueil favorable du PCF à des primaires de la gauche sans avoir préalablement dessiné les contours d’un projet de transformation qui remette en cause le capitalisme ». J’ajouterai que cet engagement des instances nationales du PCF pour les primaires s’est fait sans concertation avec le Parti de Gauche,  et sans avoir demandé ce que pouvait en penser les militants du PCF, et plus largement du Front de Gauche, qui sont nombreux à manifester leur désaccord avec cette démarche. À ce titre des centaines de communistes ont signé une pétition appelant à l’abandon des primaires et au soutien de la proposition de candidature de Jean-Luc Mélenchon. Je vais y venir.

J’estime salvatrice la proposition de candidature de Jean-Luc Mélenchon en février dernier. Nous ne savions plus comment nous sortir de la situation critique dans laquelle étaient ceux qui portent nos idées. En proposant sa candidature en dehors du cadre des partis politiques et en s’adressant à tous ceux qui voudront l’entendre, celui qui fut notre candidat en 2012 ouvre des perspectives intéressantes pour 2017. Cette proposition de candidature est d’ailleurs compatible avec le cadre existant des partis politiques qui peuvent soutenir la démarche, c’est le cas du PG depuis janvier et d’anciens cadres socialistes, en rupture avec le PS et aujourd’hui membres de la Nouvelle Gauche Socialiste, depuis le 23 mars. À l’heure où j’écris ces lignes, nous sommes déjà plus de 79 000 à avoir appuyé sa candidature sur www.jlm2017.fr et plusieurs dizaines de personnes ont pris contact avec « Lorient insoumise – JLM2017 », le groupe d’appui que j’ai créé,  pour agir localement en ce sens. Parmi ces personnes, il est impossible de négliger le nombre de celles que nous n’avions jamais rencontré, qui n’ont pas « d’étiquettes », qui n’ont jamais été dans un parti politique ou dans une organisation comme le Front de Gauche et qui ne s’y reconnaissent pas.

La force que nous devons avoir pour prendre le pouvoir, c’est d’être capable de dépasser le cadre qui s’imposait à nous, ou que nous nous imposions à nous-même, et qui s’avérait être un frein à la conquête, à la victoire. Peut-être que 2017 sera une défaite, nombreux sont ceux qui y travaillent, contre nous. Peut-être que Jean-Luc Mélenchon ne restera que le quatrième, ou le troisième homme, peut-être qu’il s’effondrera à force d’avoir trop donné de lui-même dans une bataille hantée par les discours haineux, sécuritaires, réactionnaires et j’en passe. Peut-être qu’il gagnera, peut être que nous gagnerons. Je le crois, c’est possible. Je ne suis pas sûr de cela, mais je suis sûr d’autre chose : en restant misérable dans des démarches inefficaces comme les « primaires de gauche » ou en nous contentant de ne parler qu’aux gens qui se reconnaissent dans nos symboles, nous serons balayés.

Vaincre ou mourir. C’est peut être brutal mais c’est là que mène la bataille dans le cadre de la Vème République. Nous sommes pour la VIème République, pour donner le pouvoir au peuple, pour que le parlement soit élu à la proportionnelle et soit donc réellement représentatif de la France, nous sommes pour la planification écologique et pour l’humain d’abord, notre programme de base. Nous voulons une République dont l’importance ira au parlement et qui n’aura pas besoin d’homme providentiel, mais nous sommes dans la Vème. Nous voulons être parfaits, exemplaires et travailler collectivement, mais nous sommes dans la Vème. Nous voulons que la première des préoccupations soit l’intérêt général et non l’élection d’un homme parmi les millions de Français, mais nous sommes dans la Vème. Et ce que veux la Vème, ce qu’elle impose pour être défaite, c’est l’élection d’un homme à sa tête.

Ce que propose Jean-Luc Mélenchon ; et nous sommes nombreux à lui faire confiance tant il est resté droit dans ses idées et ses discours depuis toutes ces d’années ; ce qu’il propose est simple : une fois élu, il convoque une assemblée constituante et met en place des mesures d’urgence pour le pays en rupture avec les traités de l’Union Européenne et, une fois que la VIème République s’affirmera, il fermera l’Elysée, en jettera les clefs dans la Seine et rentrera chez lui, car il aura alors fait son travail.

Nous avons suffisamment perdu de temps depuis 2012, pour différentes raisons et déraisons, et il est grand temps de vaincre ou de mourir et tout ce que je ne souhaitais pas pour le Front de Gauche, tout ce que je ne souhaite pas pour la France insoumise, c’est de mourir. Alors soyons efficaces dans la lutte, dans nos engagements et, comme l’écrivait Marie-George Buffet le 11 février dernier, poursuivons le combat pour une France insoumise et fière de l’être. Dans la rue et sur la toile nous crions « On Vaut mieux Que Ça » parce que certaines gouttes furent de trop et que les vases débordent. Alors gardons nos idées, notre fraternité, nos réseaux, nos outils qui fonctionnent et construisons demain avec courage, sans perdre de vue que le courage, c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel. »

 

Alexandre Scheuer

[1] Edito de Rouge Morbihan n°8 Mars 2016, journal communiste en Morbihan – PCF au sein du Front de Gauche

 

La lettre au format PDF : ICI


2 réflexions sur “Vaincre ou mourir, lettre ouverte à mes camarades du Front De Gauche

  1. Je partage totalement ce point de vue. Mélenchonniste depuis l’affaire du TCE pourri (où j’ai redécouvert un MELENCHON en verve et combatif) ex secrétaire de cellule PCF (93/98), responsable associatif (barricades sociales ou les assos sont non subventionnées car dérangeantes), je suis signataire pour la 6e république et soutien de jlm2017. Le seul truc qui me bloque en ce moment pour organiser un groupe de soutien sur mon secteur rural, c’est le manque de moyens de locomotion (lieu isolé et très peu de TC) pour entrer au contact. Il me reste donc mon assos et le Net pour aider à diffuser notre programme : « l’humain d’abord ». J’espère pourvoir mieux faire bientôt pour notre noble cause. CC

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