«NOUS SOMMES CEUX QUE NOUS ATTENDIONS.»

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          Ces mots sont ceux qui résonnent dans mon cœur depuis des jours déjà et je ne pense pas me tromper en affirmant qu’ils résonnent dans nos cœurs à tous, chacun à sa manière. À force d’actions, de préparations, de mobilisations et de démarches qui se suivent depuis quelques jours, nous ne prenons pas suffisamment le temps de construire par la beauté des mots. Pourtant ceux-là peuvent dégager tellement de force ! On rêve tous ensemble en boitant de l’espérance sans savoir jusqu’où nous irons et ce que nous voulons vraiment. Nous avons des idées, nous avons des moyens, nous avons des connaissances et des réseaux. Nous avons la place publique, nous avons l’espace, nous avons le temps, mais jusqu’à quand ? Combien serons-nous la semaine prochaine ? Et dans un mois, dans un an et même dans dix ans ? Tout cela dépend de nous et d’autres aussi. Pour l’heure,  nous avons besoin de savoir qui nous sommes, nous devons construire notre culture commune, nous devons réveiller nos rêves et les cristalliser par nos discours.

Vous le sentez ce tremblement en vous ? Peut-être pas dans l’instant, mais nous n’allons pas nous mentir : certains mots, certaines phrases mises sur le papier, ou décantées à pleine voix les unes après les autres nous filent la chair de poule.

Certaines choses nous font craquer et réaliser qu’il faut avoir le courage de donner une chance à ses rêves. Je me permets de citer Sarah Roubato, que je ne connais pas à l’heure où ces mots se couchent sur le papier. Sarah Roubato nous a laissés il y a quelques jours, jeudi 38 mars (6 avril 2016), sur cette question : Nuit Debout : le réveil d’un rêve ? Nous avons lu son texte et nous le relirons encore. Nous le relirons et nous en lirons d’autres parce que ces discours amènent dans nos têtes, dans nos cœurs et dans nos yeux tout un tas d’étoiles qu’on avait oublié.

Ces étoiles, ce sont celles qui brillent depuis des millions d’années dans le ciel et qui n’ont pas bronché quand les premiers humains ont parcouru la Terre. Ces étoiles sont celles que nos ancêtres contemplaient pour envisager l’avenir ou pour guider leurs navires sans se perdre dans la brume. Ces étoiles, ce sont celles qu’on imaginait conquérir lors du siècle dernier et qui continueront à briller bien après notre dernier souffle. Elles sont hors de notre portée ces étoiles, nous n’y arriverons jamais, c’est fichu. Ça ne vous rappelle rien, cette espérance qui boite ? C’est ce qu’ils veulent nous servir chaque jour et chaque soir, c’est le service après-vente d’un gouvernement de casse sociale et de violence policière qui n’a plus notre estime et n’est même plus légitime. Ils se sont perdus dans les vices qu’ils condamnent et voudraient nous faire croire que nous n’y arriverons jamais, qu’il serait inutile de demander la Lune. Mais nous ne demandons pas la Lune, nous visons plus loin, nous visons chaque étoile comme un point certain vers l’horizon que nous voulons. Et pour cela nous sommes debout, la nuit, debout.

Nous sommes ceux qui construisons demain et qui chaque soir voyons l’obscurité s’avancer comme une chance de faire jaillir la lumière. Nous sommes ceux qui malgré le froid restons debout encore et encore, car c’est ainsi que nous produisons notre chaleur. Notre chaleur est humaine et s’oppose au vent glacé de ces gens en costard qui décident pour nous dans leurs petits bureaux. Nous sommes révoltés, indignés, insoumis et debout pour écrire l’exact opposé de ce qui est dicté par une poignée de cols blancs dans leur palais de glace.

Nous sommes le peuple, un peu. Nous sommes quelques-uns, partout. Nous sommes ceux qu’ils craignaient et qu’ils tentent de détruire à présent à coup de matraques, de coups tordus, de grenade et de fumée bien sale dans laquelle un jeune homme comme ton frère, ton fils ou ton copain, perd un œil sous le flashball qui dit un gros « MERDE » à la démocratie qu’on porte.

On vaut mieux que ça, on l’a dit de trop nombreuses fois. On l’a dit bien fort, on l’a crié, on l’a chanté, mais ils sont sourds. Ils ne nous écoutent pas. Ils sont à côté de la plaque.

Mais qui sont-« ils » ? Ils sont à peu près les mêmes que les autres pourris qui les ont précédés dans l’histoire. Ils sont la bande de salauds qui contrôle une bonne partie du monde et nous mène droit dans le mur. Ils sont humains, comme nous. Ils ont souvent deux bras, deux jambes et une tête. Ils s’appellent François, Manuel, Margaret, Najat, Pierre, Myriam, Laurent, Angela, José ou Christine et nous méprisent avec leurs grands sourires de suffisants. Ils préparent un monde dans lequel nous serions broyés par la machine, plus encore que nous ne sommes déjà broyés par les injustices du quotidien.

Nous sommes ceux d’en bas contre ceux d’en haut. Nous sommes ceux qui subissons à chaque fois les règles stupides d’une société qui brade notre avenir pour permettre à quelque uns de nager dans des piscines de fric. Nous sommes ceux qui comprenons à peu près quel monde ils nous préparent. Nous sommes ceux qui n’avons pas encore vu tout ce que la vie avait à nous offrir. Nous sommes ceux qui en avons trop vu et n’en pouvons plus de ne rien faire en restant les mains dans les poches. Nous sommes ceux qui parfois sommes resté lâches et le serons peut-être encore à l’avenir, nous sommes aussi ceux qui savons que le courage est une vertu et que rien ne nous oblige à faire ce que nous faisons. Nous sommes ceux qu’ils craignaient de voir venir et qu’ils aimeraient faire repartir, à coup de crosse et de bottes, quand ils restent un peu raisonnables. Nous sommes nombreux, nous sommes partout, mais pas encore suffisamment.

Nous sommes ceux que nous attendions.

Demain n’attend plus, demain est à nous, demain se construit aujourd’hui. Nous vivrons d’amour et pas de haine, parce que la haine c’est le résultat morbide du monde qu’ils nous préparent et que, de la haine, il y en a déjà bien trop, ici comme partout.

Nous vivrons sans les carcasses du vieux monde, non pas parce que nous n’aurons pas eu le choix, mais parce que nous l’aurons décidé.

Nous décidons ensemble depuis quelques jours déjà et nous sommes de plus en plus nombreux à entrevoir la lumière contenue dans chaque Nuit Debout. Nous ne sommes pas de pauvres gens perdus et idéalistes, nous sommes ceux qui voulons mettre un grand coup d’arrêt à la folie des puissants, à cette caste d’irresponsables qui planque son fric au Panama. Nous sommes mesdames et messieurs tout-le-monde, nous sommes ceux qui faisons tourner le système sans en contrôler le sens. Nous sommes livreur de pizza, nous sommes professeur, nous sommes ouvrier, étudiant, salarié, chômeur, précaire ou pas trop mal placé. Nous sommes brillants et imaginatifs, nous avons des compétences pour plein de choses et nous ne laisserons pas la caste des puissants nous réduire à la merde de ce monde prête à servir à tout. Nous sommes ici et ailleurs, nous sommes partout, tous les jours et nous tenons Nuit Debout, avec du courage !

23H56 #62MARS (DIMANCHE 1ER MAI 2016) ALEXANDRE SCHEUER

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